lundi 13 avril 2015

DEAD - Transmissions Verse


Date de sortie : 25 mars 2015 | Label : Cold Dark Matter Records

Des murs de guitare agrippés à un poum-tchak mécanique, sa rigidité quasi-cadavérique le rendant presque mort quand le reste se montre pourtant bien vivant. Certes, la voix semble venir d'outre-tombe mais elle s'acoquine avec des nappes mastodontes où l'on sent pulser le sang. Human Light en ouverture, un plan d'ensemble qui situe l'espace et le temps, quelque part sous terre et quelques années en arrière. Le froid d'une morgue. Sous les décombres, les cadavres s'amoncellent et la révolution industrielle, depuis bien longtemps, a montré son vrai visage et se dilue dans un post préfixé, grisâtre et désespérant. Dans ces conditions, pourquoi ne pas s'appeler DEAD. Bien vu. Ça traduit exactement ce que l'on entend. Les morceaux sont froids et sombres. Mais jamais maladifs. Ils montrent même une belle majesté et se posent là avec un aplomb forcené qui les fait tenir droits alors qu'ils poussent sur un parterre autrement glauque et gluant. On est plus proche de l'agonie qui précède le dernier souffle que du pourrissement qui le suit immédiatement. C'est bien pour cela que l'on entend de-ci de-là des poussières de vie : la voix qui passe au premier plan, un rythme enlevé ou un effet presque guilleret dans un paysage par ailleurs complètement noir et moribond. Post-punk et EBM, indus et shoegaze délimitent le pré carré où le trio déploie ses vignettes sombres, déviantes et sidérantes. Transmissions Verse, en regroupant sur une même cassette les deux EP que presque deux années séparent, montre que DEAD ne se contente pas de répéter une formule. Le groupe l'affine et la pousse à muter insidieusement. Bien sûr l'atmosphère reste inchangée et on n'y trouvera jamais le moindre degré excédentaire mais pour le reste, le propos devient plus complexe tout en gagnant en clarté. Une belle gageure quand on y pense. 

On aime déjà beaucoup Transmissions, ces trois premiers morceaux presque gémellaires et son épilogue plus posé et aéré. C'est évidemment très référencé sans pour autant correspondre pile-poil à quelque chose que l'on a déjà entendu. L'amalgame est plutôt bien dosé. On peut tout aussi bien y entendre du Sonic Youth que du Bauhaus, du Lycia que du Jessica 93 par exemple mais toujours à dose homéopathique, un grand écart stylistique un brin casse-gueule qui s'avère pourtant très personnel. DEAD ne ressemble avant tout qu'à lui-même. Pour autant, sa musique s'avère prototypique et quand on l'écoute, difficile de passer outre ses accents foncièrement post-punk (dans la déclinaison dark wave de cette contrée-là) qui nous ramènent en arrière, toutefois on y trouve aussi des éléments qui nous projettent droit devant : les guitares acérées, les bidouillages électroniques, la voix noyée dans la masse concourant à rendre les morceaux massifs tout en préservant leur côté désespéré. Il y a de la rage là-derrière, l'envie d'en découdre et cela suffit à préserver Transmissions du déjà-vu ou du bête hommage. Des lames éthérées de Human Light aux ornements tribaux de No Place For Us qui campent une déclinaison actualisée et plombée de Suicide, des attaques vrillées de Revelation au coton mauvais et infiniment triste d'Anyway, DEAD arbore l'air crâne de ceux qui savent où ils vont alors qu'il ne s'agit là que d'un premier essai. Ça ne pouvait si bien commencer.



On aime tout autant Verse qui voit le trio développer son architecture dans toutes les dimensions : la voix est beaucoup plus en avant, la guitare plus claire mais aussi plus écorchée, même les percussions robotiques ont gagné de l'ampleur pourtant la musique reste exactement la même. L'impression d'entendre le chant des glaçons ou un chœur de chambre froide. Les aigus amènent paradoxalement beaucoup de chaleur mais le soubassement électronique demeure infiniment glacial. Par un jeu de connexions pas claires, la fin de Loser convoque le Shout de Tears For Fears sans que cela ne gêne le moins du monde et lorsque retentit Push, on se dit que DEAD a gagné en muscle et en nerf. Pour autant, la silhouette qui se tient là devant nos yeux reste décharnée, on jurerait qu'elle rampe sur My Friend et ce n'est certainement pas Firedrop qui lui permettra de relever la tête. Un troupeau d'éléphants neurasthéniques laboure le thorax alors que la scansion du chant entre comme par effraction dans la boite crânienne. On entend même le fantôme d'Ian Curtis hanter le morceau. Prends ça et meurs, sale bête ! Quatre titres qui passent bien trop vite, quatre titres qui s'amalgament parfaitement aux quatre précédents. Transmissions Verse est ainsi un ensemble homogène qui agit à la manière d'une longue mise au point, d'abord un peu floue, les contours s'affinent, la vague froide dévoile de belles arabesques et DEAD s'affirme peu à peu, s'approchant toujours un peu plus de ce qui l'habite pour l'amener à nous habiter nous aussi. Patiemment, il nous communique ses fantômes. On les accueille à bras ouverts.

On ne saurait trop remercier Cold Dark Matter Records d'avoir réuni ces deux-là sur une même cassette et on a beau ne pas trop apprécier ce format trop fragile, on n'y trouve pas grand chose à redire. On préférera toujours quelque chose en dur à l'immatérialité. Et puis avec sa couleur dorée et son emballage vraiment classe (élaboré par Benjamin Moreau), elle finira par nous pousser à ressortir le vieux lecteur des familles laissé trop longtemps au grenier. Peu importe, l'objet est encore pertinent, il va de soi que le contenu l'est tout autant. Le trio rennais (la voix de Berne Evol, la guitare de Brice Gill et les machines de Bernard Marie que l'on retrouve aussi à la production) exhale un spleen qui touche en profondeur et renvoie immédiatement à celui que l'on a en soi.

Rigide et froid sans doute mais tellement salutaire.

leoluce

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