samedi 24 janvier 2015

TOC - Haircut

Date de sortie : 10 décembre 2014 | Labels : Circum-Disc, Tandori Records, Besides Records, Do It Youssef !

Deux titres séparés par un espace, celui du changement de face, deux choses bien distinctes mais aussi deux constructions aux nombreux traits communs : le souffle, le réseau, les ramifications, les vecteurs flous et la dynamique. Guitare, batterie et Fender Rhodes s'enchevêtrent, s'arc-boutent ou prennent appui sur les deux autres pour dessiner un monde fantasmatique, végétal et abstrait. De prime abord, on est plutôt cueilli par l'aspect tribal des compositions, la pulsation balancée aux pieds des idoles, une cérémonie païenne où l'on s'immisce sans trop oser. Mais TOC a un je-ne-sais-quoi d'organique qui emprisonne les synapses dans des cercles concentriques dont ils ne peuvent plus s'extirper. Un souffle tout à la fois libre et exaspéré se dégage des deux morceaux, ça improvise mais c'est aussi déterminé et quand on croit qu'un instrument se perd dans les méandres du sans queue ni tête, un élément vient tout de suite contrecarrer l'échappée : un poum-tchack asséné avec force conviction, un riff tout d'un coup roide alors que les autres étaient plutôt fuyants, une stridence appuyée au milieu de nappes floues par ailleurs. Ce n'est pas tout et son contraire, c'est plutôt labyrinthique tout en sachant où ça veut aller. Half Updo est ainsi tout entier tendu vers son épilogue paroxystique alors qu'il commence sans faire de bruit. Un long développement rempli de carrefours et de chausse-trappes dont on comprend à la toute fin seulement vers quoi, dès le départ, il nous emmenait. On s'y perd avec jubilation mais sûrement pas le groupe qui sait très bien ce qu'il fait. Jérémy Ternoy fournit la chair (Rhodes, Rhodes Bass), Peter Orins le squelette (batterie) et Ivann Cruz, les muscles (guitare) et il y a déjà de quoi explorer longtemps en se focalisant sur un instrument au détriment des deux autres. Le Rhodes virevolte, trace des arabesques aquatiques et abstraites, peuple les interstices tout en laissant passer l'air, bien présent mais pas hermétique. La guitare envoie ses giclées acides, joue fort et dessine des zébrures définitives qui impressionnent la cornée. On voit littéralement un itinéraire se construire derrière les yeux. La batterie, tribale, balance ses coups sans retenue aucune mais avec beaucoup de tact. Métamorphe et malléable, elle peut sonner comme une enclume et marcher à pas de loup l'instant d'après. 

Mais évidemment, c'est quand on envisage les trois ensemble que TOC révèle sa majesté (d'où l'acronyme). La guitare se superpose au clavier, la batterie laboure les soubassements et le spectre tout entier se voit rempli de musique. C'est pourtant très aéré mais ça n'en reste pas moins dense. C'est complètement free mais jamais abscons. Ça donne l'impression d'un dessein construit à l'avance alors que ça n'apparaît que dans l'instant et lorsqu'on détaille le moment, on voit bien à quel point il s'inclut dans un ensemble bien plus grand. Ainsi, Updo, l'autre titre, débute en mode renfrogné, les bulles de Rhodes agrippées aux cordes exaspérées de la guitare, la batterie gifle l'espace puis, par intermittence, le piano se tait et on est déjà ailleurs. Les cordes expérimentent la stridence, les peaux se reconfigurent au même titre que le clavier et ce sont des fulgurances hypnotiques qui habitent désormais le titre. Et tout d'un coup, tous les instruments se montent les uns sur les autres. Jusqu'ici, Updo filait droit devant, maintenant il vise le plafond. Une nappe, une frappe, un riff et ça recommence jusqu'à finir épuisé. Le morceau ne tient plus qu'à un fil alors qu'on en est qu'à la moitié. Autant d'épisodes disparates qui construisent une pièce cohérente, tenant fièrement debout du haut de ses vingt minutes. On y entend de l'improvisation et de la répétition, une espèce de psychédélisme solaire qui frôle parfois le progressif, des poussières de Zappa mêlées à des agrégats noise quand ils ne sont pas plus foncièrement metal, du Rhys Chatham sans la trompette à moins qu'il ne s'agisse de Branca, du Tortoise et du Fire! aussi et puis surtout du jazz. Et comme le tout s'arrête bien trop vite, on file voir avant. You can Dance (If You Want) cela s'appelle. Qui permet de situer le Haircut présent. En gros la même chose mais découpée en plusieurs morceaux un peu plus disparates. C'est en ça que l'on voit que tous ces petits moments qui se succèdent sont néanmoins inclus dans un tout homogène : Obsessive Compulsive Disorder et Downward Trend Of Increase se suivaient par exemple sans se ressembler en 2012 alors qu'aujourd'hui Undo porte des réminiscences de ces deux-là tout en restant lui-même, à savoir un long reptile hypno-aquatique assez fascinant qui nous emmène tout droit vers la transe. Subtil et racé, capable de maintenir la tension de longues minutes durant, Haircut mais peut-être plus encore TOC impressionne.

Bref, le trio lillois - obsessionnel et compulsif peut-être mais surtout magistral - livre ici un disque que l'on rêve de découvrir en vrai. Un poil plus introspectif que par le passé mais toujours féroce et bigarré, on tient-là une belle tranche de jazz mutant et hypnotique magnifiquement emballé sous une belle pochette (oeuvre de Jérôme Minard) terreuse et radiculaire illustrant parfaitement le propos. L'enchevêtrement, la tourbe, les feuilles mortes, l'écosystème souterrain grouillant de vie, ce n'est certainement pas parce que tout y est enfoui que rien ne s'y passe.

Et toc !
leoluce

dimanche 18 janvier 2015

Dépôts de bilan à la cave - 2014 (bilan commun)

Après nos bilans personnels, voici venu le bilan commun... Il nous plaît à tous et peut nous frustrer aussi tout comme il vous plaira et vous frustrera sûrement. Peu importe, il met en avant la formidable créativité de feu 2014. À l'image de son entame, 2015 sera probablement chaotique mais sera tout aussi probablement du même acabit. Vite vite, la suite !

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1. Lawrence English - Wilderness Of Mirrors | Room40 



2. Matthew Collings - Silence Is A Rhythm Too | Denovali


3. Evan Caminiti - Coiling | Dust Editions


4. Black To Comm - Black To Comm | Type 


5. Saåad - Deep/Float | Hands In The Dark 
 - bandcamp -




6. Christopher Bissonnette - Essays In Idleness | Kranky




7. Siavash Amini - What Wind Whispered To The Trees | Future Sequence 



8. Aaron Martin - Comet's Coma | Eilean Rec. 
 - bandcamp -




9. Carla Bozulich - Boy | Constellation Records




10. The Body - I Shall Die Here | RVNG Intl.




11. Geins't Naït + Laurent Petitgand - Je vous dis | Ici D'Ailleurs 



12. Paskine - Nimrod | VoxxoV 
 - bandcamp -




13. thisquietarmy & Syndrome - The Lonely Mountain | Consouling Sounds
- bandcamp




14. Mamaleek - He Never Spoke A Mumblin' Word | The Flenser




15. 36 Dream Tempest | 3six Recordings 
 - bandcamp -




16. Death Blues - Ensemble | Rhythmplex 



17. Wreck & Reference - Want | The Flenser 



18. Ensemble Economique - Melt Into Nothing | Denovali




19. Objekt - Flatland | PAN




20. Mondkopf - Hadès | In Paradisum 
 - bandcamp -




21. ÆVANGELIST - Writhes In The Murk | Debemur Morti Productions 
 - bandcamp -




22. jamesreindeer - مدينة الياسمين الياسمين - The City Of Jasmine | Autoproduction
 - bandcamp -




23. Vladislav Delay - Visa | Autoproduction



24. Pharmakon - Bestial Burden | Sacred Bones




25. Sluggart - Slumberless | Xtraplex













mercredi 14 janvier 2015

Dépôts de bilans à la cave - 2014 vu par Rabbit

50 sorties pour résumer 2014, cette crème de la crème toute personnelle qui n’intéressera que la poignée de curieux un brin maso lisant régulièrement ces pages... Est-ce finalement peu au regard de ma compulsivité dans ces franges majoritairement obscures et angoissées qui ne m'auront vu écarter qu'une poignée d'albums trop mélodiques ou lumineux pour figurer ici ? Beaucoup, qui sait, une fois ramené aux rares élus qui retrouveront le chemin de mes platines plus d'une fois ou deux ces dix prochaines années ? Voire peut-être bien trop, avec trop peu de repères pour avoir l'effet escompté d'inciter à la découverte ? Mais sur quels repères compter lorsque l'on apprécie justement d'arpenter ces friches peu accueillantes que les gros médias ne cessent de fuir par paresse, et comment savoir lesquels de ces disques resteront à jamais des chocs inviolés de première écoute et lesquels, sans être meilleurs pour autant, trouveront une place plus assidue à mon chevet ? Qu'importe donc, autant faire simple : mes 50 favoris à l'instant T, faites-en ce que vous voudrez.

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1. Chris Weeks & The Sadmachine Orchestra - Conductor (Odd John)




2. Death Blues - Ensemble (Rhythmplex)



3. Erik K Skodvin - Flame (Sonic Pieces)




4. Angel - Terra Null. (Editions Mego)




5. Black Swan - Tone Poetry (Autoproduction)




6. Cliff Dweller - The Dream In Captivity (Patient Sounds)




7. Lawrence English - Wilderness Of Mirrors (Room40)




8. Black To Comm - Black To Comm (Type)




9. Delta-Sleep-Inducing Peptide - Oscillopsia (Pharmafabrik)




10. The Body (w/ The Haxan Cloak) - I Shall Die Here (RVNG Intl.)



11. Belfi / Grubbs / Pilia - Dust & Mirrors (Blue Chopsticks)




12. Evan Caminiti - Coiling (Dust Editions)




13. Gimu - The Whole World Is Tired Today (Cosmic Winnetou)



14. Carla Bozulich - Boy (Constellation)




15. Cezary Gapik - Fission (Nute Records)




16. thisquietarmy & Syndrome - The Lonely Mountain (ConSouling Sounds)




17. John Pain - Darkness Floats (I Had An Accident/Sun Dialect Recordings)




18. Chicago Underground Duo - Locus (Northern Spy)




19. Nereus - Exegesis (CRL Studios)




20. Matthew Collings - Silence Is A Rhythm Too (Denovali)



21. Pharmakon - Bestial Burden (Sacred Bones)




22. John E Cab - Do What They Say (I Had An Accident)




23. Daniel Buess - Pitch (Pharmafabrik)




24. Vladislav Delay - Visa (Ripatti)




25. Ævangelist - Writhes In The Murk (Debemur Morti Productions)




26. Lawrence English + Stephen Vitiello - Fable (Dragon’s Eye Recordings)



27. Objekt - Flatland (Pan)



28. Christopher Bissonnette - Essays In Idleness (Kranky)




29. Leonardo Rosado - Adrift (Oak Editions)



30. Illuha - Akari (12k)




31. Seez Mics - Cruel Fuel (I Had An Accident/Crushkill Recordings)



32. David Shea - Rituals (Room40)



33. tētēma - Geocidal (Ipecac)



34. Anjou - Anjou (Kranky)




35. Monade - Puni (Xtraplex)



36. Tindersticks - Ypres (City Slang)



37. Erik Honoré - Heliographs (Hubro)




38. jamesreindeer - مدينة الياسمين - The City Of Jasmine (Autoproduction)




39. Charlatan - Local Agent (Umor Rex)




40. Klara Lewis - Ett (Editions Mego)


+ 10 EPs :


1. Monty Adkins - Residual Forms (Crónica)



2. The One Burned Ma - Gris Amer (Autoproduction)



3. Son Of A Bricklayer - Out Of The Fire (I Had An Accident)



4. John Pain & Egadz - Sinking Swimmer (Luana Records)



5. Cummi Flu - Gulabi Gang (Polychrome Sounds)



6. Chris Weeks - Silo (Autoproduction)




7. Monsieur Saï - Première Volte Digitale (Autoproduction)




8. Engine7 - The End Of Faith (Section 27)



9. Morbidly-O-Beats - Growing Like Fungus (Hello.L.A.)




10. Terra Tenebrosa - VITRIOL: Purging The Tunnels (Tri-Lamb Recordings)

dimanche 4 janvier 2015

Dépôts de bilans à la cave - 2014 vu par leoluce

J'ai de plus en plus de mal à classer les choses et encore plus, les disques. Mais, encore une fois, je me prête à l'exercice. Une année 2014 qui ne fut pas des plus simples mais qui a apporté son lot d'albums incroyables. Car, là, en-dessous, il ne s'agit que de la partie émergée d'un iceberg dense, aux lignes de fractures nombreuses, qui reste massif malgré les degrés désormais excédentaires. Trente-trois disques, c'est peut-être déjà bien assez mais c'est surtout bien peu. Heureusement, les autres bilans déjà publiés, ceux à venir et ceux aussi qui ne le seront jamais devraient pourvoir vous aiguiller. Ouvrez la bouche et dites "33".

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1- MonnoCheval Ouvert | Idiosyncratics Records



2- Earthling SocietyEngland Have My Bones | Riot Season



3- Mamaleek - He Never Spoke A Mumblin' Word | The Flenser



4- Have A Nice LifeThe Unnatural World | The Flenser

+ streaming


5- Lawrence EnglishWilderness Of Mirrors | Room 40



6- Noxagt - Brutage | Drid Machine Records



7- Matthew CollingsSilence Is A Rhythm Too | Denovali



8- Carla Bozulich – Boy | Constellation Records



9- Art Of Burning Water – Living Is For Giving, Dying Is For Getting | Riot Season



10- Black To CommBlack To Comm | Type



11- Fire ! OrchestraEnter! | Rune Grammofon



12- Dead NeanderthalsPrime | Gaffer Records



13- Music BluesThings Haven't Gone Well | Thrill Jockey



14- FWF - Skeptics |SunRuin Records



15- jamesreindeer - مدينة الياسمين‬‎  الياسمين - The City Of Jasmine | Autoproduction



16- Berline0.33 – The Abyss Will Gaze Back | Rejuvenation, Katatak, Tandori, Bruisson



17- PordWild | Solar Flare Records



18- L'EffondrasL'Effondras | Dur Et Doux



19- Shield Your EyesReciprocate | Romac Puncture Repairs



20- Hippie DiktatBlack Peplum | BeCoq Records



21- Terminal Sound System Dust Songs | Denovali



22- Wreck & Reference –  Want | The Flenser

streaming + chronique +


23- Zeitkratzer – WHITEHOUSE | Karlecords



24- ÆVANGELIST – Writhes In The Murk | Debemur Morti Productions


25- Monarch  Sabbracadaver | Profound Lore

streaming +


26- Dalida – s/t | Et Mon Cul C'est Du Tofu ?, Animal Biscuit, La Face Cachée, Whosbrain 



27- TadashShadow Of Dream | Autoproduction

streaming + chronique +


28- La Race4cm De Mon Amour | Et Mon Cul C'est Du Tofu ?



29- USA NailsSonic Moist | Bigoût Records



30- The Austerity ProgramBeyond Calculation | Controlled Burn Records



31- Ensemble Economique  Melt Into Nothing | Denovali



32- Hidden Forces Trio – Crows Are Council | Knockturne Records



33- Neige Morte – Bicephaale | Consoulings Sounds